London 2005 by night

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 Le prix de la damnation

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Lestat
MJ sadique
Lestat

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MessageSujet: Le prix de la damnation   Le prix de la damnation Icon_minitimeMer 26 Nov - 22:47

Cette nuit, il n'avait bu que le strict nécessaire, et le jeune gamin privilégié pourrait continuer de jouer au grand prince sûr de lui auprès de ces dames pendant encore bien des années à venir, méprisant les braves travailleurs de Lambeth sans se douter de la crasse dans laquelle ils devaient se démener chaque jour pour apporter le pain à leur famille. Mais peu importait, il l'avait laissé vivre, et c'est tout ce qui comptait. C'est tout ce qui le raccrochait à l'homme qu'il avait été. Et il en avait bien besoin ce soir, de ce sentiment réconfortant lui chuchotant qu'il avait maîtrisé le monstre tapi en lui, une fois de plus. Il en avait besoin de cette force intérieure, car cette nuit, il allait dire adieu aux siens. A sa femme. A son fils.

Un fiacre passa devant lui et il entendit le cocher qui beuglait pour que les passants s'écartent sur son passage. Puis, il quitta l'ombre du mur qui le dissimulait et traversa la rue, s'aventurant dans le halo lumineux que projetait l’unique lampadaire des lieux. Les gens marchaient près de lui, sans se douter qu'un prédateur se dissimulait sous son manteau en laine, un prédateur qui luttait pour rester comme eux. Bientôt, la silhouette du vampire s'arrêta devant une simple porte et resta là un moment, immobile. Il utilisa sa vitae surnaturelle pour faire battre son coeur et reprendre les couleurs de la vie, afin que sa femme et son fils voient en lui l'homme qu'ils avaient toujours connu et aimé. C'est ainsi qu'il pu prendre une profonde inspiration avant de frapper à la porte.

Jonas Davenport rentrait chez lui.


Penser, réfléchir, vaquer dans les limbes profondes de ses souvenirs enfouis. Voilà ce que Jonas s’efforçait obstinément de faire depuis qu’il avait émergé de son sommeil diurne. Chaque nuit depuis un nombre d’années qu’il avait cessé de compter, il faisait le même rêve, cet ultime soubresaut de la mémoire non-vivante qui le reliait à ses proches. Mais chaque nuit, la porte de chez lui restait close, l’empêchant de se souvenir du visage de sa femme et de son fils ; car après la longue torpeur dans laquelle il avait été forcé de sombrer, il avait oublié tout ce qui avait un jour fait partie de sa vie mortelle. Depuis lors, il arpentait chaque nuit les vestiges de sa mémoire dans l’espoir de retrouver une image à laquelle se raccrocher, pour ne jamais complètement oublier qui il était et contenir la bête au fond de lui comme il était toujours parvenu à le faire jusque là. Il en était convaincu, cette image salvatrice devrait être le visage de sa compagne et de son enfant lorsqu’il les avait vu pour la dernière fois, lorsqu’il avait trouvé le courage de les quitter à tout jamais pour leur épargner la douleur de sa propre damnation. Et pourtant, en ce début de nuit, Jonas Davenport ne parvenait toujours pas à ce souvenir.
La faim ne l’aidait pas. Il devait nourrir ses veines mortes du feu de la vie s’il voulait que son esprit puisse se concentrer sur le passé plutôt que sur ses besoins primaires et immédiats. C’est ainsi qu’il quitta son refuge et sortit dans les ténèbres en quête de sang chaud.

Jonas avait choisit de ne pas chasser, ou tout du moins, de ne jamais avoir l’air d’un prédateur traquant sa proie. Ses manières de trouver ses victimes et de s’abreuver de leur sang restaient toujours civilisées et rarement primitives afin qu’il puisse toujours prétendre être maître de lui et de ses instincts. Il faisait de la chasse un acte réfléchit plutôt qu’instinctif. C’est ainsi qu’il resta sur le trottoir de la rue, sans bouger et observant les voitures passer d’un œil attentif sans prêter la moindre attention aux noctambules à pied qui déambulaient sur le même trottoir que lui et obscurcissaient sa vision en coup de vent. Lorsque le taxi s’arrêta à quelques mètres de lui, il su immédiatement que la personne qui en sortirait serait sa proie.
Il s’agissait d’une femme d’âge mûr, pas très belle mais qui savait se mettre en valeur autant par ses vêtements qu’à travers sa démarche pleine d’assurance. Une femme de caractère sans doute, et il sourit en se disant que ce qui allait lui arriver ne la marquerait sans doute pas psychologiquement. Toujours se nourrir de gens forts mentalement pour ne pas risquer de les briser, telle était l’une de ses strictes lignes de conduite. Il la suivit un long moment, faisant bien attention de bien rester en retrait pour ne pas éveiller ses soupçons. Puis, elle bifurqua dans une rue annexe et se dirigea vers un immeuble dans lequel elle devait résider. Avant qu’elle n’insère les clés dans la serrure de la porte du ré de chaussée, il décida de l’aborder avec tact.

- Madame, excusez-moi…

[i]Lorsqu’elle le vit, elle lui sourit aimablement.


- Bonsoir Monsieur, je me demandais si vous vous montreriez ce soir. Quand allez-vous vous décider à entrer ?

Jonas eut peine à ménager son étonnement. Cette femme semblait le connaître, alors que lui-même ne l’avait jamais vu.

- Pardon ? Nous nous connaissons ?

A nouveau elle le gratifia du même sourire à la fois attendri et aguicheur.

- Après le nombre de fois où vous avez tenté de me séduire, vous me demandez encore cela ? Vous n’avez plus besoin de ce petit rituel, vous m’avez séduite. Alors entrez.

Le vampire secoua la tête. Un étrange flash venait de l’envahir l’espace d’une seconde.

- Vous allez bien ?

- Je… très bien, merci. Mais, je vous assure, je ne vous connais pas.

La femme s’approcha de lui.

- Mais bien sûr que si, voilà des mois que vous m’attendez ici, à la même heure, pour me parler des gens qui ont habité ici il y a des années. Depuis, nos rencontres se font plus intimes, mais vous n’osez jamais franchir le pas.

Nouveau flash. Quelque chose en lui s’éveillait. Quelque chose d’incontrôlable et d’affreusement mauvais. La peur, elle aussi, commençait à l’étreindre.

- Quoi ? Mais qu’est-ce que vous racontez ?

Encore, elle s’approcha.

- Comment s’appelaient-ils déjà ?

- Non, taisez-vous.

La femme était maintenant à sa hauteur et posa une main réconfortante sur son épaule.

- Mais pourquoi me taire, vous savez que vous voulez être avec moi. Il faut franchir le pas, je le veux aussi. Ils s’appelaient Theresa et David, n’est-ce pas ?

- Ne me touchez pas sorcière !

D’un geste violent et haineux il la repoussa. Le sourire de la femme avait disparu et ses yeux surpris laissaient transparaître le doute qui s’insinuait en elle.

- Mais… Jonas, pourquoi réagir si violemment à l’évocation de vos ancêtres ? Vous ne pouvez pas souffrir du fait qu’ils aient été sauvagement assassiné, vous ne les avez jamais connu.

La bête. Elle était là, prête à jaillir telle un démon des enfers. Lui, fixait cette pauvre femme qui ne cessait de l’agresser par ses paroles maudites. Il la fixait de ses yeux bouillant d’un feu primitif et bestial.

- Jonas ? Vous me faites peur. Ce n’étaient pas vos ancêtres, n’est-ce pas ? Mais alors, qui étaient-ils ? Qui étaient Theresa et David ?

Theresa. David. Ces noms explosèrent dans la tête de Jonas, lui arrachant un cri de rage et de frustration. Il se teint le crâne entre les mains et laissa échapper un râle de fureur entre ses dents… jusqu’au moment où il ne pu plus le contenir, et, levant la tête vers le ciel obscur, hurla sa colère. Ses crocs étaient sortis. La bête avait fait de même.

- Jonas ?

Jonas, ou ce qu’il restait de lui, tourna son visage déformé par un rictus sordide en direction de la femme dont il ignorait le nom, arrachant un cri de stupeur à celle-ci. Dans un feulement inhumain, il se jeta sur elle avec toute la folie et la fureur qu’il était possible, la saisit par les épaules et fit taire son cri strident de terreur en plantant ses crocs meurtriers dans les chairs fragiles de sa gorge. Le sang jaillit et coula à flot dans la bouche du vampire qui laissa la bête se rassasier à volonté tandis que son esprit fuyait la scène pour d’autres pensées plus lointaines.


Cette nuit, il n’avait bu que le strict nécessaire. A vrai dire, il ne s’était pas assez nourrit et le gamin privilégié qui avait été sa proie pourrait jouer au grand prince sûr de lui auprès de ces dames pendant encore longtemps. Jonas sentait la faim qui le rongeait et tentait de concentrer toute son attention sur ce qu’il allait devoir faire ce soir : dire adieu aux siens, à jamais. C’était le mieux qu’il pouvait faire. Lui était damné pour l’éternité, quand sa femme et son fils avaient une vie de mortel devant eux. Mieux valait couper tout lien maintenant, et les laisser vivre en paix. D’ailleurs, il comptait bien quitter la ville ensuite. Après avoir prit une profonde inspiration, il frappa à la porte. Sa femme ouvrit.
Encore sous le choc de le voir revenir après plusieurs jours d’absence, elle se jeta dans ses bras, de même que David, son fils de dix ans. Jonas savoura cette longue étreinte qui devait être son ultime communion intime avec les siens. Là, à ce moment, lui, sa femme et son fils ne faisaient qu’un. Pour la dernière fois.

Non. Cela ne pouvait pas finir là. Ce n’était pas possible. S’il leur expliquait, ils pourraient comprendre, il en était certain. Alors il leur dit. Il leur dévoila sa nature de vampire et leur expliqua tout, dans les moindres détails. Ce n’est qu’à la fin de sa longue tirade égoïste qu’il se rendit compte combien il avait eu tort. Les yeux écarquillés de sa femme lui renvoyèrent son sentiment de peur de dégoût. Même son jeune fils alla se serrer contre sa mère, apeuré devant ce monstre qui disait être son père.


- Monstre, tu n’es pas mon mari, va t-en !

C’était vrai. Jonas était un monstre, une bête, mais se l’entendre dire de la bouche de sa femme créa une blessure béante au plus profond de son âme. Et une bête blessée est dangereuse. Incontrôlable.
Jonas vit rouge, et sa femme et son fils devinrent de vagues formes qu’il devait détruire pour que son intense frustration disparaisse. C’est ce qu’il fit. Tous crocs dehors, tel un monstre de cauchemar, Jonas se jeta sur sa femme et la vida de son sang sous les yeux de son fils malgré les pleurs et les cris de ce dernier. Lorsqu’il reprit le contrôle, sa femme gisait morte dans ses bras et son enfant David pleurait toujours. Les larmes aux yeux, Jonas s’agenouilla devant son fils et la prit par les épaules en le suppliant de lui pardonner. Mais l’enfant ne parvenait pas à refouler ses sanglots, et la bête en Jonas Davenport prenait cette incapacité pour un refus catégorique. Ne supportant plus les lamentations de son fils, Jonas le serra contre lui pour le faire taire. Fort. Très fort. Il ne se vit même pas planter ses crocs dans la chair tendre du cou du bambin et sucer le sang qui s’échappait de la plaie qu’il avait ouverte.
Lorsqu’il revint à lui et que sa vision redevint claire, Jonas fut mis face au carnage dont il était l’auteur. Il était là, à genou dans une mare de sang, les corps de sa femme et de son fils à ses côtés. Il pleura des larmes de sang et cria sa honte et sa détresse durant des heures, ouvrant les portes de son esprit à la folie prête à le submerger.


Jonas laissa échapper le corps sans vie de la femme et tomba à genoux, laissant échapper d’étranges gargouillis malsains qui pouvaient être des sanglots inhumains. Se prenant la tête entre les mains, il tomba à la renverse sur le côté, se recroquevilla en position fœtale et commença à se bercer lui-même. Plus tard dans la nuit, il recommencerait à se balancer ainsi dans son refuge, la tête entre les mains, tout en murmurant des paroles incompréhensibles.
Cela faisait bien longtemps à présent, que Jonas avait massacré sa famille, avant d’entrer en torpeur volontaire pour fuir l’horreur de son acte, seul espoir d’échapper à la folie qui le guettait. Cette nuit cependant, son passé venait réclamer son dû, et la patience de la bête maudite avait finalement porté ses fruits. Durant les quelques nuits à venir, les rues allaient devenir le territoire d’un dangereux prédateur rongé par la folie. Et puis, un voile protecteur envelopperait de nouveau les souvenirs de Jonas Davenport et il rêverait de nouveau de la nuit où il avait courageusement décidé de dire adieu à sa famille, et serait encore arrêté par une porte close l’empêchant de retrouver le doux souvenir du visage des siens. Alors, chaque nuit, il tenterait obstinément de se souvenir, et se rendrait régulièrement à l’immeuble où lui et sa famille avaient naguère habité, pour aider sa mémoire à se rappeler. Chaque nuit, il suivrait discrètement les pas du ou des nouveaux résidents sans se rendre compte de l’irrationalité de son rituel, et nouerait un contact subtil comme il l’avait fait avec cette femme qu’il avait apparemment séduite. Tout cela jusqu’à la nuit où la triste vérité lui exploserait derechef au visage, réveillant le monstre sommeillant en lui.

Pour l’éternité, Jonas Davenport était condamné à ce cycle maudit. Tel était le prix de sa damnation.

_________________
"Un conseiller pour le controle des Elysees, un conseiller pour maintenir l'ordre, et un Prince pour les gouverner tous et dans les tenebres les lier."

Lestat, a propos du Prince Castlevaughn et de son cercle interieur.
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MessageSujet: Re: Le prix de la damnation   Le prix de la damnation Icon_minitimeJeu 27 Nov - 15:31

J'aime bien ! Bien bien bien !

L'image de ce monstre en fâce de la porte close de son ancien foyer est superbe. C'est ce qui m'as le plus marqué ^^
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